Passage de B1 à Ba3
En relevant, le 7 août 2026, la note souveraine du pays de B1 à Ba3, tout en faisant passer la perspective de « positive » à « stable », Moody’s adresse un signal particulièrement intéressant aux marchés financiers : la trajectoire économique et budgétaire du pays s’est suffisamment améliorée pour justifier une revalorisation de sa qualité de crédit. Une marche de plus pour le Bénin, mais pas encore l’arrivée au grade d’investissement.
Mais derrière cette annonce, il faut lire deux messages. Le premier est positif : le modèle économique béninois gagne en résilience. Le second est plus exigeant : le prochain saut de notation dépendra moins des annonces que de la capacité du pays à consolider ses recettes, maîtriser sa dette et poursuivre la transformation de son économie.
Une économie qui a démontré sa résilience
Le premier argument de Moody’s est spectaculaire : l’économie béninoise a progressé de 8,1 % en 2025, soit son rythme le plus élevé depuis 1990. Depuis 2018, la croissance aurait atteint en moyenne environ 6,6 % par an, malgré plusieurs chocs externes : pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, insécurité au Sahel et perturbations commerciales avec certains voisins. Cette performance est importante pour une agence de notation parce qu’elle ne regarde pas uniquement la croissance d’une année. Elle cherche à déterminer si cette croissance traduit une capacité durable de l’économie à absorber les chocs. Et c’est précisément l’un des points forts de l’économie béninoise. Le pays ne repose plus exclusivement sur quelques moteurs traditionnels. Les investissements dans les infrastructures, la modernisation du Port de Cotonou, le développement de la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé, la transformation agricole et industrielle ainsi que l’amélioration de l’environnement des affaires participent à une transformation progressive de la structure productive. La révision de la base des comptes nationaux, passée de 2015 à 2023, a par ailleurs augmenté d’environ 25 % le PIB nominal mesuré, pour le porter à près de 29 milliards de dollars. Cela ne crée évidemment pas de richesse supplémentaire du jour au lendemain, mais améliore mécaniquement certains ratios rapportés au PIB et donne une image plus actualisée de la taille de l’économie.
Le deuxième signal fort : le redressement budgétaire
L’autre élément déterminant est la trajectoire des finances publiques. Le déficit budgétaire, qui représentait environ 7 % du PIB en 2021, a été ramené autour de 3 % en 2025. Dans le même temps, les recettes fiscales ont progressé de 2,9 points de PIB depuis 2021. C’est probablement l’un des éléments les plus importants de cette notation. Pour une agence de crédit, une croissance élevée n’est véritablement rassurante que lorsqu’elle permet à l’État d’augmenter ses recettes et donc sa capacité à financer ses dépenses et à honorer sa dette. Cette cohérence entre performance économique et consolidation budgétaire pourrait expliquer en grande partie le changement de catégorie de notation.
La dette reste élevée, mais elle devient mieux maîtrisée
La dette publique demeure néanmoins un sujet central. Selon les éléments rapportés à partir de l’analyse de Moody’s, le ratio de dette publique, qui avait culminé autour de 61 % du PIB en 2023, devrait progressivement diminuer pour atteindre environ 55 % du PIB à l’horizon 2028. Plus intéressant encore, le coût moyen de la dette publique était d’environ 3,4 % à fin 2025, pour une maturité moyenne proche de neuf (9) ans. Cette structure réduit le risque de refinancement à court terme. Le Bénin a également diversifié ses instruments de financement : Eurobond lié aux objectifs de développement durable, émission obligataire internationale en dollars et, plus récemment, recours au sukuk souverain. Cette diversification est stratégique. Elle permet au Trésor Public de ne pas dépendre d’un seul segment du marché et d’adapter ses instruments au profil des investisseurs.
Mais il y a un paradoxe : la dette s’améliore plus vite que les recettes
C’est probablement le point de vigilance le plus important de cette nouvelle notation. Les recettes publiques, subventions comprises, représentaient seulement 15,8 % du PIB en 2025, contre une médiane de 27,2 % pour les États souverains notés dans la catégorie Ba. Autrement dit, le Bénin affiche une croissance élevée et une dette en voie de stabilisation, mais sa capacité structurelle à mobiliser des recettes reste inférieure à celle de plusieurs pays comparables. C’est là que se trouve probablement le principal défi pour les prochaines années. Un État peut réduire son déficit grâce à une croissance exceptionnelle et à une bonne discipline budgétaire. Mais pour franchir durablement les prochaines marches de la notation, il devra démontrer qu’il peut augmenter ses recettes sans étouffer l’activité économique, élargir l’assiette fiscale et améliorer le rendement de l’administration publique.
Ba3 : Une bonne nouvelle, mais attention à ne pas parler trop vite d’« investment grade »
La nouvelle notation ne signifie donc pas que le risque souverain béninois a disparu. Elle signifie plutôt que Moody’s considère désormais le risque de crédit du Bénin comme inférieur à ce qu’elle estimait auparavant. Cette nuance est essentielle pour les investisseurs.
Quel impact sur le coût de financement ?
C’est probablement l’une des conséquences économiques les plus intéressantes de cette décision. Une meilleure notation peut permettre au Bénin de bénéficier, toutes choses égales par ailleurs, d’une prime de risque plus faible lors de ses prochaines émissions obligataires. Si les investisseurs considèrent que le risque de défaut a diminué, ils peuvent accepter un rendement légèrement inférieur. Pour l’État, quelques dizaines de points de base de moins sur plusieurs milliards de dollars ou d’euros de dette peuvent représenter, sur la durée, des économies significatives. Mais il serait excessif d’affirmer que l’upgrade entraînera automatiquement une baisse spectaculaire des taux. Les conditions internationales de marché, les taux américains et européens, l’appétit des investisseurs pour la dette africaine, les conditions de liquidité sur le marché régional de l’UEMOA et la perception du risque géopolitique continueront de jouer un rôle majeur.
La notation donne des points au Bénin, mais elle ne contrôle pas à elle seule le prix auquel le marché acceptera de lui prêter.
Moody’s continue également de considérer comme des contraintes structurelles le faible niveau de revenu par habitant, l’exposition du Bénin aux risques sécuritaires liés au Sahel et les risques climatiques. En effet, le Bénin évolue dans une région où les tensions sécuritaires peuvent rapidement affecter les dépenses publiques, les échanges commerciaux, les investissements et les recettes fiscales. La qualité de la notation ne dépendra donc pas uniquement de la gestion du budget à Cotonou. Elle dépendra aussi de la capacité du pays à maintenir sa résilience face à un environnement régional particulièrement incertain.
Le Bénin dispose désormais d’un nouvel actif immatériel : une crédibilité financière renforcée.
La décision de Moody’s doit surtout être interprétée comme une validation de trajectoire, et non comme un aboutissement. Cette crédibilité peut faciliter l’accès aux marchés, attirer davantage d’investisseurs institutionnels et renforcer la capacité du pays à mobiliser des ressources pour financer ses infrastructures et sa transformation économique.
Mais cette confiance devra être entretenue.
Le prochain objectif ne devrait donc pas être simplement de rechercher une nouvelle amélioration de la note. Il devrait être de s’attaquer aux faiblesses que Moody’s identifie encore : mobilisation des recettes, niveau de revenu, diversification des exportations, qualité du reporting de la dette, risques sécuritaires et exposition climatique. Le FMI avait d’ailleurs souligné en février 2026 que le Bénin devait préserver la dynamique de réformes, renforcer les politiques favorisant une croissance inclusive et maintenir la soutenabilité de la dette.
Le véritable enjeu : transformer la bonne notation en avantage économique
Une meilleure notation n’a de valeur économique que si elle permet au pays d’obtenir des financements plus longs, moins coûteux et mieux orientés vers les investissements productifs. Le passage de B1 à Ba3 constitue donc une bonne nouvelle pour la signature souveraine béninoise, mais également une invitation à aller plus loin. Le Bénin a franchi une marche. Il lui reste maintenant à démontrer que cette amélioration n’est pas seulement le résultat d’une bonne séquence macroéconomique, mais le produit d’une transformation suffisamment profonde pour résister aux prochains chocs. Ba3 est une récompense certes. Mais c’est surtout un nouveau contrat de confiance avec les marchés.





